Œuvre olfactive
Alexis Foiny
Resurgences
Matériaux mixtes
Création olfactive
Margaux Le Paih-Guérin, Camille Chemardin & Pauline Jégousse
» Resurgences d’Alexis Foiny, lauréat de la troisième édition du prix Flair pour l’art
olfactif, explore la solastalgie, cette douleur liée à la perte progressive d’un milieu
naturel, à travers l’archive des essences végétales menacées. L’œuvre s’attache
au Bois puant (Foetidia mauritiana Lam.), arbre endémique de Maurice et de La
Réunion, classé en danger critique d’extinction. Moins de 1 % des forêts sèches
originales des Mascareignes subsistent, sous l’effet de l’exploitation intensive de
son bois imputrescible, de la fragmentation de son habitat et de la pression des
espèces envahissantes.
Dans l’exposition, l’odeur devient à la fois présence et mémoire de ce qui est en
train de disparaître, mais aussi matérialisation des causes de cette disparition :
urbanisation, perte des mutualismes écologiques (notamment les interactions
avec les tortues terrestres aujourd’hui en voie de disparition), et changements
climatiques. L’œuvre est mise en dialogue avec les recherches du Conservatoire
Botanique National de Mascarin, engagé dans la conservation de ces espèces en
péril.
Cinq parfums, développés avec le studio Flair, restituent chacun une facette de
cet épuisement. Margaux Le Paih-Guérin a composé l’essence florale, iodée et
désagréable de son inflorescence. Camille Chemardin a traduit l’odeur huileuse et
métallique d’une charpente humide, témoignant de l’exploitation de son bois, ainsi
qu’un jus minéral évoquant la cueillette des feuilles à usage médicinal. Pauline
Jegousse a matérialisé l’artificialisation des sols dans une senteur goudronneuse
et terreuse, et l’invasion fongique liée au réchauffement climatique dans une
fragrance aux relents de champignons et de brûlé. Ces parfums se diffusent à
travers une matière poreuse à base de charbon actif développée par Alexis Foiny
au sein du studio BehaghelFoiny, et sont conduits par des dispositifs en tube de
verre issus de l’industrie pharmaceutique.
L’espace se divise en deux. Dans la salle principale, les cinq dispositifs s’inscrivent
dans un diorama permis grâce à une structure parapluie courbe, imprimée d’un
scan 3D réalisée lors d’une résidence à l’île de la Réunion. Dans la salle du fond,
un cabinet de recherche présente des clichés de l’artiste et des plantes conservées
au Musée de Tillequin, pour permettre une plongée dans les recherches de
l’artiste. Par cette immersion sensorielle, Alexis Foiny propose un autre rapport à
la sensibilisation écologique, une sensibilisation ancré dans le corps, et qui fait de
l’expérience olfactive un acte politique face à l’effacement du vivant. » SB.
© Adrien Thibault